On ne le croise jamais en Une des magazines people, il ne commente rien sur les plateaux télé et ses interviews se comptent sur les doigts d'une main. Pourtant, dans l'arrière-cour économique du Cameroun, Antoine Ndzengue construit depuis deux décennies l'un des groupes privés les plus diversifiés du pays. Originaire de la région du Centre, cet homme d'affaires de 50 ans a fait du silence une stratégie et de la discrétion une signature.
Le pari de Neptune Oil
Tout commence en septembre 2009. Antoine Ndzengue s'associe au groupe suisse Optima Energy Ltd pour lancer Neptune Oil SA, une société active dans la distribution pétrolière en aval. À l'époque, il ne détient que 20 % des parts, son partenaire helvétique en conservant 80 %.
Le rapport de force s'inverse en 2018 : Optima Energy se retire, et Ndzengue rachète l'intégralité des parts pour devenir seul maître à bord. Membre du Groupement des professionnels du pétrole depuis 2016, Neptune Oil s'impose aujourd'hui comme le troisième opérateur du secteur, juste derrière les mastodontes Total et Tradex, avec plus de 1 500 employés directs et 1 350 emplois indirects rattachés à son activité.
Sa fonction de consul honoraire de Suisse au Cameroun n'est d'ailleurs pas un hasard : elle témoigne des liens étroits tissés très tôt avec des partenaires financiers européens, un atout qu'il a su transformer en accélérateur de croissance.
Un conglomérat qui essaime dans tous les sens
Autour de Neptune Oil et de sa filiale de stockage, Neptune Oil Storage Company, gravite une constellation d'entreprises : Petro Services et Logistique pour le transport de marchandises, Medlog Cameroun sur le segment portuaire, Curaday dans la santé, ou encore MaiThé Café dans la restauration. « Antoine Ndzengue est de tous les fronts », résume l'analyste économique Kemajou Baudelaire, qui suit sa trajectoire depuis plusieurs années.
Le virage industriel : des pneus made in Cameroun
C'est sans doute le chantier le plus ambitieux de sa carrière. Annoncé initialement en 2023 sous le nom de Cameroon Tyre Factory (CTF), le projet devait produire 4,6 millions de pneus par an à Bomono, pour un investissement évalué à 400 milliards de FCFA, avec le soutien de la Cameroon Development Corporation (CDC).
Depuis, le dossier a pris de l'ampleur, mais aussi du retard : le site a été déplacé vers la zone industrielle de Bekoko, près de Douala, la capacité annoncée est passée à 7,6 millions d'unités par an et l'enveloppe financière dépasserait désormais 413 milliards de FCFA, selon des informations économiques récentes.
Le début effectif des travaux, promis pour fin 2023, se fait toujours attendre, signe qu'un projet industriel de cette envergure, aussi soutenu soit-il, avance rarement sans obstacles. Une fusion entre Cameroon Tyre Factory SA et sa structure sœur, CTF Project SA, a par ailleurs été engagée pour consolider l'ensemble avant l'ouverture de l'usine, en partenariat technique avec des acteurs internationaux.
Si le pari industriel aboutit, jusqu'à 2 500 emplois directs pourraient voir le jour, une bouffée d'air pour l'import-substitution que le Cameroun appelle de ses vœux depuis des années.
Vers un empire financier
Ne se limitant plus à l'énergie et à l'industrie, Antoine Ndzengue a posé un pied dans la finance avec la création d'ACE Investment Group, société d'investissement, et d'ABC Finances, un établissement de microfinance basé à Douala et doté d'un capital de 5 milliards de FCFA chacune.
L'objectif affiché : irriguer de crédit les entrepreneurs et les ménages restés en dehors du système bancaire classique. Une philosophie qui rappelle, à une échelle différente, celle d'autres grands financiers camerounais.
Une réussite qui ne dit jamais son nom
Pour Kemajou Baudelaire, la trajectoire de l'homme d'affaires a valeur d'exemple : il le décrit comme « une future légende des affaires au Cameroun », dont le parcours inspire déjà la génération montante d'entrepreneurs.
Reste que le groupe Neptune, à l'image de son fondateur, cultive l'opacité : ses comptes ne sont pas publics, et l'ampleur réelle de sa fortune demeure difficile à chiffrer avec précision.
Ce que l'on sait, en revanche, c'est qu'entre pétrole, logistique, santé, pneus et finance, Antoine Ndzengue a bâti, loin des caméras, l'un des groupes privés les plus tentaculaires du Cameroun contemporain et qu'il ne semble pas prêt de s'arrêter là.



