Il n'a jamais cherché la lumière. Et pourtant, difficile aujourd'hui de traverser Douala sans croiser l'une de ses réalisations. De l'atelier de couture de son enfance à Batié jusqu'aux salons feutrés du premier hôtel cinq étoiles du pays, Samuel Foyou a bâti, presque en catimini, l'un des groupes industriels les plus solides du Cameroun.
D'une machine à coudre aux comptoirs d'Afrique centrale
Rien, dans ses débuts, ne laissait présager pareille trajectoire. Tailleur de métier dans son village natal des Hauts-Plateaux, à l'Ouest du pays, le jeune Foyou troque bientôt le fil et l'aiguille pour le négoce. À la fin des années 1970, il pose ses valises en Centrafrique, au Congo, puis en Angola, où il apprend les rouages du commerce international.
C'est cette expérience du terrain, loin de tout, qui forge sa méthode : observer, accumuler, puis frapper au bon moment. De retour au pays, il entame une phase d'acquisitions industrielles méthodiques, une stratégie qu'un ancien collaborateur résume en une formule restée célèbre : dès les années 2000, Foyou « s'est mis à acheter des usines, une manière d'apprendre le métier d'industriel ».
Un empire tentaculaire, discret mais dominant
Le résultat de cette patience se décline aujourd'hui en une dizaine d'enseignes. La Biscuiterie Samuel Foyou (BSF) régale les consommateurs, Sotrasel produit le sel de cuisine, Plasticam fabrique le plastique industriel.
En 2006, il frappe un grand coup en rachetant à l'homme d'affaires Victor Fotso la Société camerounaise de fermentation (Fermencam), une distillerie qui affichait déjà, en 2013, un chiffre d'affaires proche de 12 milliards de FCFA. Trois ans plus tard, il complète cette acquisition avec Unalor, une entreprise spécialisée dans la fabrication d'allumettes.
Malgré cette puissance de feu, Samuel Foyou reste fidèle à son profil bas : membre du RDPC comme la plupart des grands patrons du pays, il ne s'appuie sur aucun parrain politique et se tient sciemment à l'écart des projecteurs.
Le pari du luxe hôtelier
L'année 2014 marque un tournant symbolique : Foyou lance, dans le quartier d'affaires d'Akwa à Douala, la construction du premier hôtel cinq étoiles du Cameroun. Le Krystal Palace ouvre officiellement ses portes le 17 décembre 2021, sous les yeux du Premier ministre Joseph Dion Ngute.
Une inauguration à la mesure de l'ambition du projet. Loin de s'arrêter là, le groupe a depuis étendu sa marque hors des frontières nationales avec le Krystal Beach au Cap, en Afrique du Sud, avant d'inaugurer un second établissement cinq étoiles à Douala courant 2026. D'autres chantiers sont déjà annoncés à Yaoundé et dans la station balnéaire de Kribi, confirmant que l'hôtellerie de luxe est devenue un pilier stratégique, au même titre que l'industrie.
De la bière aux vergers : la diversification continue
Toujours en quête de nouveaux relais de croissance, l'industriel s'est lancé en 2022 dans le secteur brassicole avec Brasaf (Brasseries Samuel Foyou), quatrième acteur du genre au pays. Sa bière Slash et sa gamme Krystal Drink innovent en misant sur des emballages plastiques plutôt que sur le verre traditionnel, une manière assumée de s'affranchir de la dépendance aux circuits d'embouteillage des concurrents historiques.
Pour nourrir cette ambition brassicole, Foyou a sollicité auprès de l'État camerounais une concession de 2 000 hectares destinée à la plantation d'arbres fruitiers, matière première d'une future production de jus naturels, une diversification agricole cohérente avec son virage industriel.
Un modèle pour toute une génération
Aujourd'hui âgé d'une soixantaine d'années, Samuel Foyou incarne une réussite bâtie loin des paillettes, à la seule force du travail et de la patience. Entre agroalimentaire, hôtellerie, brasserie et industrie, son groupe familial demeure fermement contrôlé par les siens, fidèle à une vision de long terme qui a fait sa force.
Pour la jeunesse camerounaise en quête de modèles entrepreneuriaux, sa trajectoire, de l'atelier de couture aux salons du Krystal Palace, reste l'une des plus inspirantes du pays.



