Le gouvernement camerounais accélère sa stratégie de modernisation de l'agriculture avec un objectif ambitieux : produire 70 000 tonnes de semences certifiées dans les régions de l'Adamaoua, du Nord et de l'Extrême-Nord d'ici à la fin de l'année 2026.
Derrière cette initiative se dessine une volonté plus large de renforcer la souveraineté alimentaire, d'améliorer les rendements agricoles et de réduire progressivement la dépendance du pays aux importations de denrées alimentaires.
Cette nouvelle étape de la politique agricole nationale a été matérialisée le 8 juillet 2026 à Garoua, où le ministre de l'Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbairobe, a procédé à la remise de 83 tonnes de semences de base améliorées aux organisations de producteurs des trois régions septentrionales.
Des semences améliorées pour accroître la production
Les semences distribuées proviennent de l'Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD), principal organisme public chargé de la recherche agronomique au Cameroun.
Elles constituent la première étape d'un processus de multiplication qui devra permettre de produire des semences certifiées destinées à des milliers d'exploitants agricoles.
Selon les informations communiquées par le ministère de l'Agriculture et du Développement rural (MINADER), ces 83 tonnes seront multipliées sur une superficie totale estimée à 7 500 hectares.
À terme, cette opération devrait générer environ 70 000 tonnes de semences certifiées, qui seront ensuite mises à la disposition des producteurs agricoles. Les autorités n'ont toutefois pas précisé la répartition des superficies entre les différentes cultures concernées.
Cette information permettrait pourtant d'évaluer plus précisément les rendements attendus, ainsi que la contribution de chaque filière à la satisfaction des besoins alimentaires des trois régions.
Le PIISAH au cœur de la stratégie d'import-substitution
Cette opération s'inscrit dans le cadre du Plan intégré d'import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH), un programme gouvernemental conçu pour stimuler la production locale et limiter les importations de produits alimentaires.
L'approche repose sur un principe simple : améliorer la disponibilité d'intrants de qualité afin d'augmenter la productivité des exploitations agricoles.
En développant une filière nationale de production de semences certifiées, les pouvoirs publics espèrent réduire la dépendance vis-à-vis des importations tout en renforçant la compétitivité des producteurs locaux.
Dans les régions septentrionales, les efforts portent notamment sur des cultures stratégiques comme le maïs, le riz et le soja, qui jouent un rôle essentiel aussi bien dans l'alimentation des populations que dans l'approvisionnement des industries agroalimentaires.
Un potentiel agricole encore sous-exploité
L'Adamaoua, le Nord et l'Extrême-Nord figurent parmi les principaux bassins agricoles du Cameroun. Malgré leur fort potentiel, ces territoires continuent d'afficher des rendements inférieurs à leurs capacités. Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Les agriculteurs disposent encore d'un accès limité aux semences performantes et aux autres intrants agricoles de qualité.
À cela s'ajoutent une mécanisation insuffisante, un équipement souvent rudimentaire ainsi que des difficultés d'accès au financement. Les changements climatiques accentuent également les contraintes.
Les épisodes de sécheresse, les inondations et l'irrégularité des précipitations perturbent régulièrement les calendriers culturaux et réduisent les performances des exploitations.
Dans ce contexte, l'amélioration du matériel végétal apparaît comme l'un des leviers les plus accessibles pour augmenter rapidement les rendements sans accroître fortement les superficies cultivées.
Un enjeu majeur pour la sécurité alimentaire
La distribution de ces semences intervient quelques semaines seulement après le lancement officiel de la campagne agricole 2026 dans le septentrion, le 18 juin dernier.
Ce calendrier souligne l'importance stratégique accordée à ces régions, où l'agriculture constitue la principale source de revenus pour une grande partie des populations rurales.
Mais ces territoires restent également parmi les plus vulnérables du pays sur le plan alimentaire.
Les crises sécuritaires, les déplacements de populations, la pauvreté persistante et les perturbations des circuits commerciaux fragilisent durablement les systèmes de production.
Les aléas climatiques viennent aggraver cette situation en réduisant les récoltes et en accentuant les risques d'insécurité alimentaire.
Face à ces défis, le gouvernement mise sur la disponibilité de semences certifiées pour améliorer durablement la productivité agricole et renforcer l'offre alimentaire locale.
Le succès dépendra de la mise en œuvre
L'objectif de produire 70 000 tonnes de semences certifiées constitue une étape importante dans la politique agricole du Cameroun.
Toutefois, la réussite de cette ambition dépendra de plusieurs conditions. La multiplication des semences devra respecter les normes de certification afin de garantir leur qualité génétique et sanitaire.
Leur disponibilité devra également intervenir au bon moment pour répondre aux besoins des agriculteurs pendant les différentes campagnes agricoles. Les modalités de distribution seront tout aussi déterminantes.
Le prix de vente, l'accessibilité pour les petits producteurs, les dispositifs d'accompagnement technique ainsi que la capacité des organisations paysannes à diffuser rapidement ces semences conditionneront l'impact réel du programme.
Au-delà des objectifs affichés, cette initiative représente un test pour la stratégie nationale d'import-substitution.
Si les volumes annoncés sont effectivement atteints et que les semences parviennent aux exploitants dans de bonnes conditions, le Cameroun pourrait renforcer sa production céréalière, améliorer sa sécurité alimentaire et réduire progressivement sa dépendance aux importations agricoles.
Dans un contexte marqué par les effets du changement climatique et la hausse des besoins alimentaires, la qualité des semences pourrait devenir l'un des principaux moteurs de la transformation durable de l'agriculture camerounaise.



