Les crises sanitaires de ces dernières années ont profondément transformé les priorités des États. Entre les leçons tirées de la pandémie de Covid-19, la recrudescence du choléra, les risques liés à la poliomyélite et la multiplication des maladies émergentes, le Cameroun entend désormais renforcer durablement son système de préparation aux situations d'urgence.

C'est dans cette dynamique que s'inscrit l'élaboration du Plan d'Action National de Sécurité Sanitaire (PANSS) 2027-2031, appelé à devenir la feuille de route nationale pour prévenir, détecter et gérer les futures menaces sanitaires.

Après cinq jours d'intenses travaux organisés au Centre international de conférences de Mbalmayo, les principaux acteurs de la santé publique ont posé les bases de ce document stratégique qui guidera les interventions du pays au cours des cinq prochaines années.

Une nouvelle feuille de route pour anticiper les crises sanitaires

Coordonné par le ministère de la Santé publique, l'atelier d'orientation consacré au futur PANSS s'est achevé le 19 juin 2026 avec une ambition claire : doter le Cameroun d'un dispositif plus performant face aux risques sanitaires nationaux et internationaux.

L'enjeu dépasse la seule gestion des épidémies. Il s'agit de construire un système capable d'anticiper les crises avant qu'elles ne deviennent incontrôlables, tout en améliorant la coordination entre les nombreuses institutions concernées.

Le futur plan couvrira la période 2027-2031 et servira de référence pour l'ensemble des politiques publiques liées à la sécurité sanitaire.

Comme le rappellent les objectifs définis au cours de l'atelier, « le futur Plan d'Action National de Sécurité Sanitaire servira ainsi de cadre stratégique pour orienter les interventions à mettre en œuvre entre 2027 et 2031 ».

Une approche multisectorielle fondée sur le concept « One Health »

L'une des principales innovations du futur dispositif repose sur l'approche « One Health » (« Une seule santé »), qui considère que la santé humaine, la santé animale et la préservation de l'environnement sont étroitement liées.

Cette vision implique une coopération renforcée entre plusieurs administrations publiques, les collectivités territoriales, les organisations de la société civile ainsi que les partenaires techniques et financiers.

L'objectif est d'améliorer la circulation de l'information, de détecter plus rapidement les signaux d'alerte et de coordonner efficacement les réponses lorsqu'une menace apparaît.

Cette approche est aujourd'hui largement encouragée par les organisations internationales face à la multiplication des maladies d'origine animale et aux conséquences du changement climatique sur les risques sanitaires.

Trois piliers pour renforcer la résilience du pays

Afin de structurer les échanges, les participants ont été répartis en trois groupes de travail correspondant aux principaux axes de la sécurité sanitaire.

Le premier s'est concentré sur la prévention, avec des réflexions portant notamment sur les campagnes de vaccination, la surveillance des maladies, la biosécurité et les mécanismes de réduction des risques.

Le deuxième groupe a travaillé sur la détection, c'est-à-dire les systèmes de veille épidémiologique, les capacités des laboratoires, la collecte des données et l'identification rapide des foyers de contamination.

Enfin, le troisième groupe s'est penché sur la riposte, en analysant les dispositifs d'intervention, la coordination des acteurs, la mobilisation des ressources et la gestion opérationnelle des crises.

Au total, 19 domaines techniques ont été examinés afin d'identifier les insuffisances du système actuel et de proposer des solutions adaptées aux réalités camerounaises.

Des recommandations pour améliorer la gouvernance sanitaire

Les conclusions de l'atelier mettent en évidence la nécessité de renforcer la gouvernance nationale en matière de sécurité sanitaire.

Les participants recommandent notamment la création d'une plateforme nationale appelée à jouer le rôle d'autorité de coordination du Règlement Sanitaire International (RSI).

Cette structure permettrait de mieux articuler les interventions entre les différents ministères et institutions concernés, tout en assurant une communication plus fluide lors des situations d'urgence.

Les experts préconisent également un renforcement de la collaboration entre les points focaux sectoriels, une implication plus importante des collectivités locales ainsi qu'une meilleure intégration des partenaires intervenant dans la prévention, la détection et la gestion des crises sanitaires.

La communication sur les risques figure également parmi les priorités identifiées. Les participants estiment que l'information des populations et l'engagement communautaire constituent des leviers essentiels pour limiter la propagation des maladies et favoriser l'adhésion aux mesures de santé publique.

Se conformer aux exigences internationales

L'élaboration du PANSS répond également aux engagements pris par le Cameroun dans le cadre du Règlement Sanitaire International, qui fixe les normes permettant aux États de prévenir, détecter et gérer les menaces sanitaires susceptibles d'avoir un impact au-delà de leurs frontières.

Le futur plan devra ainsi contribuer à renforcer les capacités nationales tout en améliorant la coopération avec les partenaires régionaux et internationaux.

Dans un contexte marqué par la circulation accrue des personnes, les changements climatiques et l'apparition régulière de nouveaux agents pathogènes, les autorités considèrent que la préparation constitue désormais un investissement stratégique autant qu'une nécessité sanitaire.

Un investissement pour la stabilité économique et sociale

Au-delà des enjeux médicaux, le futur Plan d'Action National de Sécurité Sanitaire représente également un outil de résilience économique.

Les récentes crises ont démontré que les urgences sanitaires peuvent désorganiser durablement les chaînes d'approvisionnement, freiner les investissements, perturber les échanges commerciaux et affecter la croissance.

En préparant dès aujourd'hui sa stratégie 2027-2031, le Cameroun cherche à bâtir un système capable de réagir plus rapidement aux futures crises tout en limitant leurs conséquences humaines et économiques.

La finalisation du PANSS constituera ainsi une étape déterminante pour renforcer la sécurité sanitaire nationale et consolider la capacité du pays à faire face aux défis de santé publique des prochaines années.