Le Cameroun renforce son dispositif de prévention contre la poliomyélite avec le lancement d'une nouvelle campagne nationale de vaccination destinée aux enfants de moins de cinq ans.
Déployée sur l'ensemble du territoire, cette opération sanitaire s'inscrit dans une stratégie de vigilance permanente visant à préserver un acquis majeur : le statut du pays comme territoire exempt de poliovirus sauvage.
Au-delà de la vaccination, cette initiative traduit la volonté des autorités sanitaires de consolider les progrès enregistrés ces dernières années, dans un contexte où les risques de réintroduction du virus demeurent réels en raison de la mobilité des populations et des défis sanitaires régionaux.
Une campagne nationale déployée dans les dix régions
Depuis le 9 juillet 2026, le ministère de la Santé publique conduit le deuxième tour des Journées nationales de vaccination contre la poliomyélite.
L'opération, qui s'étend jusqu'au 12 juillet, cible les enfants âgés de 0 à 59 mois, considérés comme les plus vulnérables face à cette maladie hautement contagieuse.
Cette campagne est organisée simultanément avec le premier tour de supplémentation en vitamine A, une intervention qui vise à renforcer les défenses immunitaires des jeunes enfants et à réduire les risques liés à certaines carences nutritionnelles.
Dans plusieurs districts sanitaires, les équipes communautaires sont déjà mobilisées pour administrer gratuitement les doses aux familles.
C'est notamment le cas dans le district de santé de Djoungolo, où les agents de santé parcourent les quartiers afin d'assurer une couverture vaccinale la plus large possible.
Préserver un statut sanitaire durement acquis
Le Cameroun conserve aujourd'hui son statut de « pays libre de poliovirus sauvage », une reconnaissance qui récompense plusieurs années d'efforts en matière de vaccination et de surveillance épidémiologique. Mais cette victoire reste fragile.
L'expérience internationale montre qu'un relâchement de la couverture vaccinale peut rapidement favoriser la réapparition de foyers épidémiques.
Les autorités sanitaires considèrent donc que maintenir une forte immunisation collective constitue la meilleure garantie contre une résurgence de la maladie.
Cette vigilance s'explique également par l'apparition régulière de poliovirus dérivés dans certains pays où la couverture vaccinale demeure insuffisante.
Les poliovirus dérivés maintiennent l'alerte
En 2025, les services de surveillance ont identifié plusieurs poliovirus dérivés sur le territoire camerounais. Un poliovirus dérivé de type 3 a été détecté dans la localité de Ngaoundéré rural, dans la région de l'Adamaoua.
Trois autres poliovirus dérivés de type 2 ont été identifiés dans les districts sanitaires de Kousséri, Ngaoundéré urbain et Biyem-Assi.
Ces virus apparaissent lorsque la couverture vaccinale reste insuffisante pendant une période prolongée. Dans ces conditions, le virus vaccinal affaibli peut continuer à circuler, évoluer génétiquement et retrouver une capacité de transmission.
Cette situation ne remet pas en cause le statut du Cameroun vis-à-vis du poliovirus sauvage, mais elle impose une réponse rapide afin d'empêcher toute propagation.
Une stratégie fondée sur l'anticipation
Pour contenir ces risques, les autorités avaient déjà organisé, du 12 au 15 février 2026, un deuxième tour de journées locales de vaccination dans les régions les plus exposées.
Les opérations avaient concerné l'Adamaoua, l'Extrême-Nord, le Nord et l'Est, des territoires où les mouvements transfrontaliers et certaines difficultés d'accès aux services de santé rendent les campagnes de prévention particulièrement importantes.
La nouvelle campagne nationale poursuit cette même logique d'anticipation. Plutôt que d'attendre l'apparition d'une épidémie, le ministère de la Santé publique privilégie une approche préventive reposant sur une immunisation massive des jeunes enfants, associée à une surveillance continue des cas suspects.
Une maladie toujours redoutée
Bien que devenue plus rare dans plusieurs régions du monde, la poliomyélite demeure une menace pour les systèmes de santé.
Cette maladie virale attaque principalement les jeunes enfants et peut provoquer des paralysies irréversibles, voire entraîner le décès dans les formes les plus sévères.
En l'absence de traitement curatif, la vaccination reste le moyen de protection le plus efficace. Les spécialistes rappellent que l'éradication mondiale de la maladie dépend directement du maintien d'une couverture vaccinale élevée dans tous les pays, y compris ceux ayant déjà éliminé le poliovirus sauvage.
La prévention, un investissement pour l'avenir
Au-delà de l'enjeu sanitaire, cette campagne constitue également un investissement économique. Prévenir une épidémie coûte infiniment moins cher que mobiliser des ressources pour traiter des milliers de malades ou gérer les conséquences sociales d'une flambée épidémique.
Les campagnes de vaccination, le renforcement de la surveillance épidémiologique, la coordination avec les partenaires techniques et les interventions communautaires forment aujourd'hui les principaux piliers de la stratégie camerounaise contre la poliomyélite.
Dans un environnement régional marqué par des déplacements constants de populations et des risques sanitaires transfrontaliers, cette politique de prévention apparaît comme un choix stratégique.
En poursuivant ses campagnes nationales de vaccination, le Cameroun cherche non seulement à protéger les générations les plus jeunes, mais aussi à préserver un acquis de santé publique obtenu au prix de nombreuses années d'efforts.
Le message des autorités reste clair : face à la poliomyélite, la vigilance ne peut jamais faiblir et le vaccin demeure le meilleur rempart pour protéger durablement les communautés.



