Le financement des systèmes de santé est devenu l'un des principaux défis économiques et sociaux du continent africain.

Entre croissance démographique, multiplication des crises sanitaires et contraintes budgétaires, de nombreux pays peinent encore à garantir un accès équitable aux soins.

À la 79ᵉ Assemblée mondiale de la Santé, organisée à Genève, le Cameroun a choisi de placer cette problématique au cœur de son plaidoyer international, en appelant à une transformation profonde des mécanismes de financement de la santé en Afrique.

Portée par le ministre de la Santé publique, Manaouda Malachie, la position camerounaise s'est exprimée lors d'une rencontre stratégique réunissant le Fonds mondial, l'Union africaine et l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), en présence de responsables politiques, d'experts et de partenaires internationaux.

La santé, un enjeu de souveraineté pour les États africains

Dans son intervention, le ministre camerounais a défendu une vision dépassant les seules considérations budgétaires.

Pour Yaoundé, le financement des systèmes de santé ne relève plus uniquement de la gestion des dépenses publiques : il constitue désormais un levier essentiel de développement économique, de stabilité sociale et de souveraineté nationale.

Selon le compte rendu du ministère de la Santé publique, Manaouda Malachie a rappelé que le financement de la santé représente désormais un enjeu de dignité humaine, de justice sociale et de souveraineté des États africains.

Cette approche traduit une évolution des priorités sur le continent, où la santé est progressivement considérée comme un investissement stratégique plutôt qu'une simple charge budgétaire.

Le poids des dépenses de santé reste une réalité pour les ménages

L'un des principaux messages portés par le Cameroun concerne la forte contribution financière des familles africaines dans le paiement des soins.

S'appuyant sur les données de l'Organisation mondiale de la Santé, le ministre a souligné que de nombreux ménages continuent de supporter directement une part importante des dépenses médicales, avec des conséquences parfois dramatiques sur leur situation économique.

Comme l'a déclaré Manaouda Malachie, « Trop de ménages continuent de vendre leurs biens, de s'endetter ou de renoncer aux soins faute de moyens ».

Cette réalité constitue, selon lui, un frein majeur à l'objectif de couverture sanitaire universelle poursuivi par de nombreux États africains.

Le Cameroun plaide ainsi pour des mécanismes de financement plus solidaires, capables de réduire les paiements directs des patients tout en renforçant la protection sociale.

La Couverture Santé Universelle mise en avant

Pour illustrer cette ambition, la délégation camerounaise a présenté les premiers résultats obtenus grâce à la Couverture Santé Universelle (CSU), officiellement lancée en avril 2023.

Selon les chiffres communiqués à Genève, plus de 4,7 millions de Camerounais sont désormais enregistrés sur la plateforme nationale de la CSU.

Le dispositif a également permis à des millions d'enfants d'accéder gratuitement aux consultations médicales, tandis que plusieurs centaines de milliers d'accouchements ont été pris en charge grâce au mécanisme de couverture.

Ces résultats sont présentés par les autorités comme les premiers indicateurs d'une politique visant à réduire progressivement les inégalités d'accès aux soins.

Au-delà des chiffres, le gouvernement entend démontrer qu'un élargissement progressif de la protection sanitaire reste possible malgré un contexte budgétaire contraint.

Un effort financier accru de l'État

Le ministre de la Santé publique a également insisté sur les investissements consentis par le gouvernement au cours des trois dernières années.

Selon les autorités, les ressources publiques consacrées au secteur de la santé ont connu une progression significative, traduisant une volonté politique de renforcer durablement les capacités du système sanitaire national.

Cet effort vise notamment à améliorer les infrastructures hospitalières, développer les services de proximité, renforcer les programmes de prévention et accompagner la montée en puissance de la Couverture Santé Universelle.

Pour les partenaires internationaux, la mobilisation des ressources nationales demeure un critère essentiel dans l'évaluation de l'engagement des États en faveur des réformes sanitaires.

Un forum régional annoncé à Yaoundé

Profitant de cette tribune internationale, le Cameroun a annoncé l'organisation, en septembre 2026, d'un Forum régional consacré à la Couverture Santé Universelle et au financement de la santé.

Cette rencontre devrait rassembler gouvernements africains, institutions internationales, partenaires techniques, experts, bailleurs de fonds et représentants du secteur privé.

L'objectif affiché consiste à identifier des solutions adaptées aux réalités africaines afin de renforcer durablement les systèmes de santé du continent.

À travers cette initiative, Yaoundé ambitionne de devenir un espace de dialogue régional sur les nouvelles stratégies de financement des politiques sanitaires.

Une diplomatie sanitaire de plus en plus affirmée

La participation du Cameroun à la 79ᵉ Assemblée mondiale de la Santé illustre également la montée en puissance de sa diplomatie sanitaire.

Dans un contexte marqué par la succession des pandémies, des épidémies et des défis liés au financement des soins, les questions de santé occupent désormais une place centrale dans les relations internationales.

En plaidant pour des systèmes de financement plus inclusifs, le Cameroun cherche à promouvoir une vision où l'accès aux soins ne dépend plus uniquement des capacités financières des ménages.

Le message porté à Genève est sans équivoque : la santé doit être considérée comme un droit fondamental et un moteur du développement économique.

À travers ce plaidoyer, Yaoundé entend contribuer au débat continental sur la réforme des politiques sanitaires et encourager l'émergence de solutions africaines, innovantes et durables.

Dans un environnement où les besoins de santé continuent de croître plus rapidement que les ressources disponibles, le financement des systèmes sanitaires s'impose désormais comme l'un des grands enjeux stratégiques de l'avenir du continent africain.