À 73 ans, il n'a plus rien à prouver. Et pourtant, André Siaka continue d'ajouter des chapitres à une carrière que peu d'hommes d'affaires camerounais peuvent revendiquer : celle d'un ingénieur devenu banquier, puis brasseur pendant près de quatre décennies, avant de se réinventer, la soixantaine passée, en bâtisseur de routes.

Un ingénieur au sommet, avant l'âge

Formé à la prestigieuse École polytechnique de Paris, André Siaka ne traîne pas pour gravir les échelons. À peine sorti de l'école, il prend la direction de la filiale camerounaise de la Société Générale — une responsabilité rare pour un cadre aussi jeune à l'époque. Mais c'est en 1976, en rejoignant les Brasseries du Cameroun, qu'il trouve véritablement sa voie. Il y restera 37 ans, dont 25 à la tête de l'entreprise comme directeur général, façonnant la Société anonyme des brasseries du Cameroun (SABC) en un mastodonte solidement ancré sur le marché local.

Parallèlement à cette carrière brassicole, il devient dès 1993 la voix du patronat camerounais en dirigeant le Groupement inter-patronal du Cameroun (GICAM), fonction qu'il occupera pendant quinze ans.

2008 : la rupture qui surprend tout le monde

Puis vient l'électrochoc. En 2008, alors qu'il incarne depuis quinze ans l'establishment économique du pays, André Siaka démissionne de la présidence du GICAM et quitte la direction de la SABC. Un choix que personne n'attendait de la part d'un homme que beaucoup imaginaient déjà retiré des affaires. Il fonde alors Routes d'Afrique (Routd'Af), une société de BTP dotée d'un capital de 2 milliards de FCFA, avec une ambition clairement affichée : une entreprise « destinée à construire des infrastructures de qualité pour le continent », selon ses propres mots au lancement du projet.

Loin d'être un simple pari de fin de carrière, Routd'Af s'est depuis imposée comme un acteur reconnu du secteur des travaux publics au Cameroun. La société a notamment décroché un marché portant sur des travaux de voirie et de drainage des eaux pluviales pour le compte de la Maetur, dans la périphérie de Yaoundé — la preuve que l'entreprise continue de décrocher des contrats publics structurants, plus d'une décennie après sa création.

Un homme de conseils d'administration

Le nom d'André Siaka circule aussi dans bien des salles de conseil. Il siège comme administrateur à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), à l'Agence de régulation du secteur de l'électricité (Arsel), chez Orange Cameroun, Chanas Assurances, ainsi qu'à la Commission des marchés financiers (CMF). Il a également présidé le Comité national de facilitation du trafic maritime. Chez Ecobank, il a occupé la présidence par intérim du conseil d'administration pendant plusieurs années, avant de céder sa place à un compatriote après neuf années passées à ce poste stratégique. Depuis janvier 2014, il siège au conseil d'administration de la SABC et préside celui de la Socaver ainsi que de Sibraca Afrique, au sein du groupe BGI.

Une carrière aussi dense lui a valu de nombreuses distinctions, tant au Cameroun qu'à l'international. Il occupe par ailleurs, aujourd'hui encore, la fonction de consul honoraire de Monaco au Cameroun.

Le mentor qui n'a jamais quitté le terrain

Mais réduire André Siaka à ses titres et ses conseils d'administration serait passer à côté de l'essentiel. L'homme se définit avant tout comme un passeur d'expérience. Convaincu que l'entreprise est avant tout affaire de compétition, il consacre une partie de son temps à conseiller la jeune génération d'entrepreneurs camerounais, insistant sur deux qualités qu'il juge indispensables pour durer : l'originalité et la capacité à s'adapter aux mutations permanentes du monde des affaires. Il continue d'ailleurs de prendre la parole publiquement sur des sujets structurants pour l'économie nationale, plaidant récemment pour un renouveau du dialogue entre l'État et le secteur privé camerounais.

De la bière au bitume, en passant par la banque et le patronat, André Siaka aura traversé presque tous les grands secteurs de l'économie camerounaise — toujours avec la même discrétion, et la même exigence.