À 63 ans, Alain Nkontchou n’est pas le financier africain le plus médiatisé auprès du grand public. Pourtant, son parcours le place au cœur de plusieurs décennies d’évolution des marchés financiers internationaux. Né en 1963 à Yaoundé, au Cameroun, il grandit dans une famille où le travail et l’exigence occupent une place centrale.
Aîné d’une fratrie de sept enfants, il est le fils d’un père camerounais, délégué du Trésor à l’ambassade du Cameroun à Paris, et d’une mère institutrice présentée comme dotée d’un véritable esprit entrepreneurial. La finance deviendra d’ailleurs une affaire familiale : quatre de ses frères et sœurs atteindront eux aussi les sommets du secteur financier international.
De l’ingénierie aux marchés financiers
Rien, au départ, ne destinait pourtant Alain Nkontchou à devenir l’un des investisseurs africains les plus en vue. Scientifique de formation, il sort de Supélec avec un profil d’ingénieur et commence sa carrière dans l’industrie automobile comme ingénieur en développement chez Matra.
Mais l’industrie ne suffit pas à satisfaire son appétit intellectuel. Dans les années 1980, il choisit de reprendre ses études et s’intéresse à un secteur encore en pleine construction : la finance de marché et les produits dérivés.
Il rejoint alors l’ESCP, avant de prendre la direction de Londres. Dans la City, il compte parmi les premiers Africains à investir les marchés de capitaux. Il commence chez Chemical Bank, où il travaille notamment sur la gestion de trésorerie.
La fin des années 1980 et son krach boursier ne ralentissent pas sa progression. Sa gestion des intérêts de ses clients et ses performances lui permettent d’accéder à la direction d’une salle de marché. Quelques années plus tard, les grandes opérations de fusion-acquisition le conduisent à Chase Manhattan Bank, où il devient vice-président à Londres, chargé de la stratégie et du développement, avant d’accéder au poste de directeur général.
Enko Capital, la finance au service de l’Afrique
À mesure que sa carrière internationale progresse, Alain Nkontchou conserve un intérêt marqué pour son continent d’origine. Cette conviction prend une dimension entrepreneuriale avec Enko Capital Management LLP, société de gestion d’actifs orientée principalement vers les opportunités d’investissement en Afrique.
Son raisonnement repose sur un constat : le continent ne manque pas nécessairement de projets ou d’entrepreneurs, mais de capitaux capables de les accompagner suffisamment longtemps pour faire émerger des entreprises solides et compétitives.
C’est dans cette logique qu’il faut lire son investissement dans Ecobank Transnational Incorporated (ETI). La validation du rachat des 21,32 % détenus par Nedbank, pour un montant estimé à près de 100 millions de dollars, permet à Enko de renforcer considérablement sa position.
Avec désormais plus de 24 % du capital d’Ecobank, Alain Nkontchou devient le premier actionnaire individuel de la banque panafricaine.
Un changement de rapport de force
L’opération dépasse donc la seule logique financière. Elle intervient dans une banque créée en 1985 avec l’ambition de construire une institution africaine capable de soutenir les échanges et le développement économique du continent.
Installé à Lomé, au Togo, Ecobank est aujourd’hui présent dans plus de 30 pays africains et intervient dans la banque de détail, le financement des entreprises, les paiements, les services numériques et le commerce transfrontalier.
L’arrivée d’un actionnaire africain disposant d’une participation aussi importante pourrait ainsi peser sur les futurs équilibres de gouvernance du groupe. Elle traduit surtout une évolution symbolique : une partie croissante du capital stratégique des grandes entreprises africaines peut désormais être reprise par des investisseurs issus du continent.
Le parcours d’Alain Nkontchou raconte finalement une histoire plus large que celle d’un banquier devenu investisseur. De l’ingénierie à la City, puis de la finance internationale à l’investissement panafricain, il poursuit une même ambition : contribuer à faire émerger des champions financiers africains capables de décider, financer et grandir depuis le continent.



