Alors qu'il poursuit de nouveaux projets musicaux en studio à Paris, Ben Decca continue de porter un regard lucide sur l'évolution de la scène musicale camerounaise.

Le 20 mai 2026, la figure emblématique du makossa s'est exprimée sur les mutations de la musique africaine, le rôle de la transmission artistique et l'héritage culturel que doivent préserver les nouvelles générations.

Entre confidences personnelles et réflexion sur l'identité musicale du Cameroun, l'artiste rappelle que le makossa demeure, selon lui, un patrimoine vivant dont l'influence dépasse largement les frontières nationales.

Une musique en constante évolution

Pour Ben Decca, il serait réducteur d'opposer la musique d'hier à celle d'aujourd'hui. Le chanteur préfère observer les transformations naturelles d'un art qui accompagne les évolutions de la société.

« Je pense que la musique camerounaise se porte comme les Camerounais », affirme-t-il avec philosophie.

À ses yeux, chaque époque apporte son lot de nouveautés, sans pour autant effacer les fondations sur lesquelles repose l'identité musicale du pays.

« La musique, c'est comme le temps, elle n'est pas statique. Elle est évolutive », explique-t-il. Cette évolution, selon lui, ne remet pas en cause la place centrale du makossa dans l'histoire culturelle du Cameroun.

Le makossa, une identité nationale

Figure majeure de ce courant musical depuis plusieurs décennies, Ben Decca considère que le makossa constitue bien plus qu'un simple genre artistique. Il représente l'une des expressions les plus fortes de l'identité camerounaise.

« Le makossa reste le socle de la musique camerounaise qu'on le veuille ou non », insiste-t-il. L'artiste va même plus loin en affirmant que cette musique a traversé les générations sans jamais perdre sa capacité à rassembler.

« Le makossa est l'unique socle de la musique camerounaise. Avant, il y a eu le makossa et après, il y aura toujours le makossa », déclare-t-il.

Pour le chanteur, cette richesse culturelle appartient désormais à l'ensemble du pays. « Le makossa a réussi quelque chose : il n'appartient plus aux côtiers. Il appartient à tous les Camerounais », souligne-t-il.

Cette appropriation collective témoigne, selon lui, de la force d'un patrimoine capable de dépasser les appartenances régionales pour devenir un symbole national.

Une influence qui dépasse les frontières du Cameroun

Au fil de son intervention, Ben Decca évoque également les passerelles qui existent entre les différents courants musicaux africains.

Selon lui, plusieurs rythmes contemporains portent encore l'empreinte du makossa, même lorsque cette filiation n'est pas toujours explicitement reconnue. « Quand tu écoutes le coupé-décalé, c'est le makossa. Le beat du coupé-décalé, c'est le makossa », affirme-t-il.

Cette analyse nourrit le débat sur les influences réciproques entre les musiques du continent africain et illustre la circulation des sonorités entre les différentes scènes culturelles.

Au-delà de la controverse que cette affirmation peut susciter, Ben Decca rappelle implicitement que les créations artistiques africaines se construisent souvent à travers des échanges permanents, des métissages et des inspirations croisées.

La transmission comme véritable héritage

Si le chanteur accorde autant d'importance à l'histoire du makossa, c'est aussi parce qu'il considère que le patrimoine musical ne peut survivre sans transmission.

Depuis plusieurs années, Ben Decca accompagne de jeunes artistes et partage volontiers son expérience avec la nouvelle génération.

Il cite notamment les collaborations et les relations qu'il entretient avec Daphné, Sandrine Nnanga, Locko ou encore Seppo, qu'il encourage dans leurs parcours artistiques.

Pour lui, la réussite prend tout son sens lorsqu'elle bénéficie aux autres. « Ce que tu fais pour toi disparaît avec toi, mais ce que tu fais pour les autres ne disparaîtra jamais », affirme-t-il.

Cette conviction guide son engagement auprès des jeunes talents qu'il considère comme les futurs gardiens du patrimoine musical camerounais.

Des liens humains qui dépassent la musique

Au-delà des collaborations artistiques, Ben Decca évoque avec émotion les relations de proximité qu'il entretient avec plusieurs chanteurs de la nouvelle génération. Ces marques d'affection constituent, selon lui, l'une des plus belles récompenses de sa carrière.

« Quand Daphné m'appelle "Daddy", je suis un homme heureux. Quand Sandrine Nnanga me dit "Papa, tu es où ?", ça me fait plaisir », confie-t-il.

Ces témoignages illustrent le rôle de mentor qu'il occupe aujourd'hui auprès de nombreux artistes camerounais. Ils traduisent également une volonté de transmettre des valeurs humaines autant que des connaissances musicales.

Une carrière guidée par la foi et la passion

Interrogé sur son parcours exceptionnel, Ben Decca refuse de s'attribuer seul le mérite de son succès. Il inscrit son itinéraire artistique dans une dimension profondément spirituelle.

« Je ne suis que l'émanation de ce que le Tout-Puissant a voulu que je sois », déclare-t-il. Même après plusieurs décennies de carrière, l'inspiration demeure intacte.

« Quand j'entends de bonnes notes, ça sort naturellement », explique l'artiste, laissant entendre que la musique reste pour lui une vocation avant d'être un métier.

À travers cette prise de parole, Ben Decca rappelle que le makossa n'est pas seulement un héritage musical.

Il représente une mémoire collective, un marqueur culturel et un langage commun qui continue d'unir les Camerounais bien au-delà des générations.

En défendant la transmission des savoirs, en accompagnant les jeunes artistes et en revendiquant l'influence du makossa sur les musiques africaines contemporaines, la légende camerounaise invite à préserver un patrimoine qui continue d'écrire l'histoire culturelle du continent.

Plus qu'un style musical, le makossa demeure, selon lui, une identité vivante appelée à traverser le temps.