L'essor du numérique transforme profondément les modes d'accès à la connaissance. Au Cameroun, cette mutation pourrait prendre une nouvelle dimension avec Andjeûn, une bibliothèque numérique qui entend replacer le livre, la transmission des savoirs et la culture au cœur des usages des jeunes générations.
Officiellement présentée à Yaoundé le 28 mai 2026, cette plateforme développée par l'entreprise technologique ITG-Store suscite déjà un vif intérêt au sein des pouvoirs publics.
Lors de la cérémonie de lancement, le ministère de la Jeunesse et de l'Éducation civique (MINJEC) a affiché son ambition d'explorer une collaboration avec les promoteurs du projet.
Représentant le ministre Mounouna Foutsou, le Secrétaire permanent de l'Observatoire national de la jeunesse (ONJ), Pierre Dominique Armand Mveme Atangana, a annoncé qu'une rencontre de travail devait se tenir dès le lendemain avec les responsables d'ITG-Store afin d'étudier les contours d'un futur partenariat.
Une plateforme qui dépasse le simple cadre de la lecture
Pensée comme un espace numérique de diffusion du savoir, Andjeûn rassemble plusieurs milliers d'ouvrages numériques, des contenus pédagogiques, des formations ainsi que des espaces d'échanges destinés aussi bien aux jeunes qu'au grand public.
Pour les autorités, cette initiative répond à plusieurs enjeux contemporains : faciliter l'accès aux connaissances, encourager l'apprentissage tout au long de la vie et offrir des ressources adaptées aux nouveaux usages numériques.
Le responsable de l'ONJ n'a d'ailleurs pas caché son enthousiasme en qualifiant la plateforme de « véritable révolution ».
Au moment de son lancement, celle-ci regroupait déjà plus de 3 500 ouvrages, constituant une importante base documentaire accessible en ligne.
Selon lui, cette bibliothèque numérique participe autant à la diffusion du savoir-être qu'à la valorisation du savoir-faire, deux piliers jugés indispensables pour accompagner la jeunesse camerounaise dans son développement personnel et professionnel.
Réhabiliter la lecture à l'ère des réseaux sociaux
Au-delà de son volet technologique, Andjeûn porte également une ambition culturelle : redonner au livre une place centrale dans les habitudes quotidiennes. À travers une intervention consacrée au civisme, Pierre Dominique Armand Mveme Atangana a exprimé ses préoccupations face au recul progressif de la lecture, souvent supplantée par la consommation rapide de contenus diffusés sur les réseaux sociaux.
« Nous ruinons l'humanité qui s'est constituée à partir des belles œuvres littéraires. Nous sommes complices de la perte de nos valeurs, de nos savoirs ancestraux et patrimoniaux », a-t-il déclaré devant les participants.
Pour les promoteurs de la plateforme, l'accès simplifié aux ouvrages numériques pourrait contribuer à renouer avec une culture de la lecture tout en favorisant la transmission des connaissances et de la mémoire collective.
Un outil au service des ambitions nationales
L'intérêt manifesté par le ministère s'explique également par la convergence entre les objectifs d'Andjeûn et plusieurs programmes publics destinés à la jeunesse.
Le représentant du ministre estime que cette bibliothèque numérique s'inscrit pleinement dans le Programme national d'éducation civique par le réarmement moral, civique et entrepreneurial (PRONEC-REAMORCE).
La plateforme apparaît comme un levier susceptible de promouvoir la citoyenneté responsable, de préserver les savoirs traditionnels, de diffuser des compétences utiles et d'encourager l'esprit entrepreneurial.
« Il s'agit de disposer d'un système d'accès aux compétences universelles, de conservation et de dissémination de nos savoirs traditionnels », a-t-il souligné.
Cette vision rejoint également les orientations de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), qui fait du capital humain, de l'innovation et de la transformation numérique des axes majeurs de développement.
Une coopération déjà engagée avec ITG-Store
Le projet Andjeûn ne constitue pas le premier chantier commun entre le MINJEC et ITG-Store.
Au cours de son intervention, Pierre Dominique Armand Mveme Atangana a salué le rôle joué par l'entreprise dans la mise en œuvre de la plateforme de services associée à la Carte Jeune Biométrique (CJB).
« Je saisis cette occasion pour remercier et féliciter la Direction Générale de ITG-Store (…) pour l'œuvre immense et les sacrifices consentis en vue de mettre en place la plateforme services de ladite carte », a-t-il affirmé.
Cette collaboration préexistante renforce la crédibilité d'un futur partenariat autour d'Andjeûn et témoigne de la volonté des pouvoirs publics de s'appuyer sur les compétences du secteur privé pour développer des solutions numériques destinées à la jeunesse.
Une offre culturelle appelée à toucher des millions de jeunes
Les chiffres présentés lors de la cérémonie illustrent l'ampleur des perspectives. L'Observatoire national de la jeunesse dispose aujourd'hui d'une base de données regroupant plus de 1,57 million de jeunes Camerounais, avec l'objectif d'étendre progressivement cette couverture à près de 9 millions de jeunes.
Parallèlement, 87 594 jeunes possèdent déjà une Carte Jeune Biométrique, dont 41 % de filles et 59 % de garçons. Ce dispositif facilite l'accès à différents services liés à la formation, à l'emploi, aux stages, à la santé ou encore au financement de projets.
Dans cette dynamique, Andjeûn pourrait enrichir cet écosystème en proposant de nouveaux services culturels et éducatifs. Le responsable de l'ONJ évoque notamment les rencontres avec des auteurs, les bibliothèques numériques, les formations à distance ainsi que des espaces de conseil accessibles en ligne.
« J'entrevois déjà à travers la Plateforme Andjeun, une offre de services additionnelle, essentielle, demandée et attendue des jeunes depuis la mise en service de la CJB », a-t-il déclaré.
Au-delà d'une simple bibliothèque numérique, Andjeûn pourrait ainsi devenir l'un des premiers exemples au Cameroun d'intégration d'une plateforme privée de diffusion du savoir dans une politique publique destinée à plusieurs millions de jeunes.
Une évolution qui illustre la montée en puissance de l'économie de la connaissance comme moteur de développement culturel, éducatif et citoyen.



