Le Cameroun poursuit sa stratégie de renforcement de ses infrastructures énergétiques. Le projet de Terminal à hydrocarbures de Kribi, porté conjointement par le Port autonome de Kribi (PAK) et la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP), vient de franchir une nouvelle étape avec une visite technique du futur site d'implantation.
Cette avancée intervient quelques mois après la signature d'un protocole d'accord réunissant les deux institutions camerounaises et le consortium français Parlym/Negri, chargé de la réalisation des infrastructures portuaires.
Au-delà de la construction d'un simple terminal de stockage, ce projet s'inscrit dans une vision plus large : accroître les réserves stratégiques du pays, améliorer la fluidité des importations de carburants et faire de Kribi une plateforme énergétique de référence en Afrique centrale.
Une nouvelle phase après l'accord présidentiel sur le financement
Le 5 juin 2026, la directrice générale de la SCDP, Véronique Manzoua épouse Moampea Mbio, et le directeur général du Port autonome de Kribi, Patrice Melom, se sont rendus sur le terrain destiné à accueillir cette infrastructure dans la zone industrialo-portuaire de Kribi.
Cette visite marque une étape importante dans l'évolution du projet. Selon la SCDP, celui-ci bénéficie désormais de l'accord du président de la République pour son financement.
Si cette validation constitue un signal fort pour les promoteurs, le coût global de l'investissement ainsi que son montage financier n'ont pas encore été rendus publics.
Une infrastructure dimensionnée pour accompagner la croissance du pays Le projet prévoit la réalisation d'un ensemble d'équipements destinés à moderniser la chaîne logistique des hydrocarbures.
Le consortium Parlym/Negri sera chargé de la composante portuaire comprenant notamment :
un quai en eau profonde ;
une zone manifold destinée aux opérations de raccordement ;
les installations de transfert reliant les navires au futur dépôt terrestre.
La première phase du chantier, dont la durée est estimée à 30 mois, permettra la création d'un terminal capable de stocker 140 000 m³ de produits pétroliers, notamment le super, le pétrole, le gasoil ainsi que d'autres produits blancs.
À cette capacité s'ajoutera un espace dédié au stockage de 12 000 tonnes métriques de gaz de pétrole liquéfié (GPL).
Une montée en puissance prévue à 230 000 m³
Les ambitions du projet ne s'arrêtent pas à cette première étape. À terme, le terminal devrait atteindre une capacité de 230 000 m³ de produits pétroliers, tandis que les installations consacrées au GPL devraient pouvoir accueillir 40 000 tonnes métriques. Pour la SCDP, cette extension représente un changement d'échelle majeur.
Aujourd'hui, l'entreprise dispose d'environ 245 500 m³ de capacités de stockage pour les produits pétroliers blancs. Avec le futur terminal de Kribi, ce potentiel sera pratiquement doublé. Le gain est encore plus spectaculaire concernant le gaz domestique.
Les capacités nationales de stockage du GPL, actuellement limitées à 5 005 tonnes métriques, seraient multipliées par plusieurs grâce au nouveau complexe.
Réduire les risques liés aux importations de carburants
Le Cameroun demeure fortement dépendant des importations de produits pétroliers raffinés. Cette situation expose régulièrement le pays aux fluctuations des marchés internationaux, à la hausse des coûts du transport maritime et aux retards d'approvisionnement.
En augmentant considérablement ses capacités de stockage, la SCDP entend renforcer les réserves stratégiques nationales afin de mieux absorber les chocs extérieurs.
L'objectif est également de disposer d'une plus grande marge de manœuvre face aux variations des prix mondiaux de l'énergie et aux éventuelles perturbations de la chaîne logistique internationale.
Kribi, un avantage logistique de plus en plus déterminant
Le choix du port de Kribi répond à une logique économique autant que technique.
Grâce à son port en eau profonde, Kribi est capable d'accueillir des navires de grande capacité, contrairement au port de Douala qui reste confronté aux contraintes liées à l'envasement de son chenal et aux opérations régulières de dragage nécessaires à son exploitation.
Cette caractéristique devrait permettre de réduire certains coûts logistiques tout en améliorant la fluidité des opérations de déchargement des hydrocarbures.
À moyen terme, cette infrastructure pourrait contribuer à renforcer la compétitivité de la chaîne d'approvisionnement pétrolière nationale.
Une ambition régionale encore conditionnée à plusieurs défis
Le Terminal à hydrocarbures de Kribi ne vise pas uniquement le marché camerounais. Sa position géographique et les corridors routiers reliant le Cameroun au Tchad et à la République centrafricaine pourraient faire de Kribi une véritable plateforme régionale d'approvisionnement pour plusieurs pays d'Afrique centrale dépourvus d'accès à la mer.
Toutefois, plusieurs inconnues demeurent avant que cette ambition ne devienne réalité. Le coût définitif du projet, la finalisation effective du financement, le respect du calendrier des différentes phases de réalisation, ainsi que la qualité des infrastructures routières reliant Kribi aux marchés de l'hinterland seront déterminants.
En franchissant cette nouvelle étape, le Terminal à hydrocarbures de Kribi confirme son statut de projet stratégique pour l'avenir énergétique du Cameroun.
Son succès dépendra désormais de sa concrétisation dans les délais annoncés et de sa capacité à réduire durablement les coûts logistiques, tout en renforçant la sécurité d'approvisionnement du pays et son rôle de hub énergétique en Afrique centrale.



